La couleur

La couleur

Non seulement nous ne percevons pas les couleurs de la même façon, ni avec la même acuité, selon l’âge et le sexe, mais l’appréciation que nous en avons dépend de l’environnement physique, de l’histoire, de la culture collective et personnelle de chacun.
Toutes les études philosophiques, historiques, scientifiques, esthétiques montrent que sa perception n’est pas un phénomène uniquement visuel et naturel, mais également interprétatif et que ces significations ont évolué au cours des siècles.
Enfin, nous constatons qu’il semble impossible d’établir une base universelle de l’usage des couleurs. Il faut donc se méfier d’une approche qui serait trop théorique et prendre également comme référence une pratique de l’utilisation de la couleur.
Le graphiste quant à lui doit dans un premier temps connaître et prendre conscience des limites de son outil, l’ordinateur ainsi que des systèmes chromatiques dont celui-ci dépend.
L’écran ne restitue pas toutes les couleurs que l’œil humain perçoit, ni certains tons directs Pantone, ni les couleurs fluorescentes, les argents et les bronzes. Et inversement nous voyons sur nos écrans des tons qui ne sont pas reproductibles à l’impression en quadri-chromie. Il en va de même pour les systèmes chromatiques qui classent et mesurent la couleur dans des espaces géométriques (cercles, triangles, cônes, cubes): ceux-ci ne tiennent pas compte, ne montrent pas toutes les couleurs que nous percevons et que nous connaissons.L’environnement technique du graphiste (ordinateurs, scanners, imprimantes), sa place de concepteur dans la chaîne graphique nécessitent également qu’il maîtrise les problèmes liés à la couleur dans le domaine de l’impression (offset et numérique). Connaissances techniques certes, mais aussi conscience que les couleurs ne s’appréhendent pas indépendamment de l’histoire et de la culture de son époque. Un savoir qui permettra au graphiste de répondre à toutes les questions qui se posent dans sa pratique professionnelle et notamment auprès de ses commanditaires.

Histoire de la couleur

la couleur avant l'époque moderne

Les couleurs du temps présent ne peuvent se comprendre que par rapport à celles des temps passés. C’est pourquoi la meilleure façon d’aborder la couleur est de se pencher sur ce que nous savons de son histoire : à nous qui connaissons l’arc-en-ciel et les couleurs qui le composent, cela peut sembler étrange que la description qui en fut faite par les Grecs, les Romains ne correspondent pas à la nôtre.
Les Grecs qui ne connaissaient pas le cercle chromatique décrivaient un tout autre spectre linéaire, dont chaque extrémité était le blanc (lumière/jour) d’une part, et le noir (obscurité/nuit) d’autre part. Les couleurs se trouvaient entre ces deux extrémités, elles étaient considérées comme « intermédiaires » et définies comme mélanges de lumière et d’obscurité.
En ce qui concerne les sociétés qui nous précédèrent, force est de constater que les couleurs n’ont pas joui du même statut au fil des temps. Au départ, trois couleurs fondamentales sont seulement utilisées, ceci remonte à la préhistoire : le blanc, le rouge et le noir. Les jeux de cartes, la signalétique, les logos les utilisent encore actuellement. La pauvreté du langage des couleurs (due à un emploi polysémique) rend son approche complexe, l’exemple du bleu est souvent cité. Le bleu est une couleur qui pour les Grecs est une sorte de noir. Plusieurs mots grecs existent pour désigner cette nuance ; les plus fréquemment utilisés sont glaukos (peut être utilisé pour désigner le vert, le gris, le bleu, parfois le jaune ou le brun) et kyaneos (= une couleur foncée : bleu foncé, violet, noir, brun). Les Grecs peuvent utiliser n’importe quelle couleur pour désigner le ciel. Il n’existe pas un mot pour le bleu, ce n’est pas un concept unique.
L’explication la plus plausible est peut-être d’ordre linguistique et nous incite à la prudence : la couleur se définit d’abord comme un fait de société, « un produit du langage sous l’influence de la culture » (John Lyons) ou viendrait du fait que les couleurs prenaient le nom des matériaux qui les composaient.
Le bleu dans l’Antiquité n’est pas reconnu comme une couleur bien que les pigments bleus comme l’azurite et l’indigo étaient utilisés dès les premières civilisations.
Les couleurs ne s’appréhendent pas indépendamment de la culture : les Romains ont souvent considéré le bleu comme une couleur négative, c’était la couleur des envahisseurs barbares, Celtes et Germains.Se vêtir en bleu, avoir les yeux bleus, représentait une action et des attributs dévalorisants.
Cette difficulté à nommer le bleu continuera jusqu’à l’époque médiévale. Le Moyen Âge féodal voit émerger progressivement une nouvelle organisation chromatique avec six couleurs : le blanc, le jaune, le rouge, le vert, le bleu et le noir ; celles-ci remplaceront les trois couleurs basiques (le blanc, le rouge et le noir). À la fin du Moyen Âge, l’évolution des techniques (l’imprimerie, la gravure) et des conditions culturelles morales et religieuses (la Réforme protestante rejette les couleurs ; on parle de « chromophobie protestante » du XVIIe siècle) donnent au noir et au blanc un statut à part

Les découvertes de Newton (1666)

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