Théorie de l'imprimé

une approche historique

Avant Gütemberg

aux origines de la typographie

La typographie est née de l'invention par Gutenberg des caractères mobiles, gravées, à l'origine sur des modèles de lettres gothiques appelées "formes" ou Textura. Leurs dessins suivent alors la tradition des manuscrits médiévaux. Les productions imprimés de cette époque, appelées aussi "incunables", ne sont alors que des interprétations "mécaniques" des oeuvres des moines copistes.
Colophon signature des presses de Kelmscott, William Morris, 1891
Cependant, la typographie en Italie prend un autre cours. Les humanistes y voient un terrain privilégié de recherche, le dessin de la lettre devant à leurs yeux incarner la redécouverte des lois idéales de la proportion et le texte, expurgé des surcharges moyenâgeuses, renouer avec la simplicité de l’écriture antique. Ils fondent les principes de conception de la lettre romaine et généralisent son emploi dans la péninsule à la fin du XVe siècle.
À Venise, Alde Manuce, un des premiers imprimeurs humanistes, fait appel au tailleur de poinçons Francesco Griffo pour graver un caractère « romain » et un autre, inspiré de l’écriture cursive des brefs pontificaux, qui se généralise sous le nom d’italique. Caractères qu’il utilise dans ses ouvrages dont la mise en pages aérée rompt avec celle des manuscrits.
Le chevalier miséricordieux, Edward Burnes-Jones, 1863.
Basée sur une légende du XIe siècle, cette aquarelle teinté de mysticisme illustre aussi le style naturaliste des préraphaélites.
Les guerres d’Italie déclenchées par les ambitions de la monarchie française au tournant du XVIe siècle font découvrir aux élites françaises la Renaissance et les théories de l’humanisme — lesquelles placent la figure de l’homme au centre de toutes choses. François Ier appelle à sa cour les architectes et les peintres ita­liens et se pose en partisan de l’humanisme soutenu par son entourage, sa sœur Marguerite d’Angoulême ou son aumônier et lecteur personnel, Pierre du Châtel, face aux théologiens de la Sorbonne.
Aux spéculations intellectuelles de l’humanisme italien, dont la réforme typographique est porteuse, s’ajoute la volonté de la monarchie française de se doter d’une langue distincte et codifiée, ce que sanctionne l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) substituant le français au latin dans les usages offi­ciels. Selon le souhait de François Ier, les ouvrages publiés dans le royaume sont désormais imprimés en caractères romains. À partir des années 1530, les imprimeurs abandonnent les polices gothiques à l’exception des livrets populaires — les œuvres de Rabelais publiées en bâtardes s’inscrivant alors dans cette catégorie.
En 1529, Geofroy Tory, personnalité caractéristique de la Renaissance, à la fois philosophe, libraire et ornemaniste, publie en français le Champfleury, manuel d’enseignement du dessin et de la gravure des lettres romaines, peu avant d’être nommé « imprimeur du roy », titre créé pour lui par Fran­çois Ier. Le Champfleury incarne la volonté de forger une écriture nouvelle dans le cadre d’une langue en formation. À partir d’étonnantes figures géométriques comparatives, Tory propose la démonstration que la juste construction de la lettre découle des proportions du corps humain. Il établit également des règles orthographiques concernant notamment l’usage des accents, des guillemets, de l’apostrophe, associant la réforme de la typographie avec celle de l’orthographe.
Colophon signature des presses de Kelmscott, William Morris, 1891
Le chevalier miséricordieux, Edward Burnes-Jones, 1863.
Basée sur une légende du XIe siècle, cette aquarelle teinté de mysticisme illustre aussi le style naturaliste des préraphaélites.
A. E. Neuman couches par couches
et