Histoire du Graphisme

Histoire du Graphisme

L'origine du graphisme

Le design graphique est né dans la division du travail au XIXᵉ siècle, et les changements technologiques drastiques sont propices à la séparation naturelle de la phase de conception et de la phase de fabrication.
La communication s’exprime désormais à travers la publicité, l’annonce presse, l’affiche. Elle sort du format de la feuille de papier du livre et pour cela a besoin de caractères typographiques modernes, inventifs, adaptés : les Égyptiennes, caractères aux graisses, contrastes et empattements affirmés.
Affiche annonçant la manifestation des chartistes de 1848 organisée par la National Charter Association à Kennington.
Sa titraille est composé en caractère Egyptien particulièrement lisible et impactant.
L’invention de la linotype en 1885 (qui permet de composer du texte ligne par ligne) et de la monotype en 1887 (qui permet de composer les caractères à l’unité), les avancées de la photographie, de la photogravure assurent le développement des journaux, favorisent la présence de la publicité, la rapidité d’impression et font baisser les coûts de fabrication.
Affiche annonçant la manifestation des chartistes de 1848 organisée par la National Charter Association à Kennington.
Sa titraille est composé en caractère Egyptien particulièrement lisible et impactant.
Quant à l’essor des affiches, support marquant de l’Art Nouveau à partir des années 1890, celui-ci est favorisé par la technique lithographique qui se perfectionne, libère la main et permet l’emploi de la couleur.
Affiche publicitaire pour le papier à Cigarette Job par Jules Cheret, imprimée en lithographie en 1896

La Typographie

Un ensemble d’autres facteurs (autres qu’économiques), suffisamment importants pour qu’ils soient relatés, vont concourir à valoriser le phénomène typographique.
Ces facteurs sont d’abord d’ordre scientifique. Les premières recherches sur la lisibilité commencent à la fin du XVIIIᵉ siècle (Anisson), continuent au XIXᵉ et début du XXᵉ siècle. Toutes tentent de comprendre les mécanismes de perception, et le processus de lecture.
L'experience d'Anisson travail sur  la lisibilité du texte de Labeur, composé ici en Garamond et Didot
Il existe ensuite des causes d’ordre social et politique : les lois Jules Ferry instaurent l’enseignement laïque et obligatoire qui favorise une alphabétisation de masse, et la loi sur la liberté de la presse suscite un important développement de cette dernière.
Notons qu’il existe un « décalage » entre l’économie, les superstructures (l’organisation des sociétés) et la vie artistique. Ceci est très sensible à cette époque de changement profond de la société. Les évolutions économiques et industrielles introduisent une évidence graphique qui est l’expression directe et l’extériorisation de la pensée commerciale. Ceci se traduit particulièrement à cette époque par une grande effervescence graphique, mise en musique si l’on peut dire, par de célèbres artistes du moment.
Enfin, elles sont d’ordre culturel avec le mouvement anglais des Arts and Crafts fondé par William Morris vers 1850. Il valorise le travail artisanal par opposition à l’industrialisation de l’époque victorienne et aux valeurs sociales, économiques et politiques, qu’ils incarnent.
L'experience d'Anisson travail sur  la lisibilité du texte de Labeur, composé ici en Garamond et Didot
Certaines idées voient le jour : tout particulièrement le refus de la séparation des notions d’art et d’art décoratif (considéré comme art mineur) et la mise à l’honneur du Moyen Âge comme source d’inspiration (notamment dans le domaine de l’édition). Le but : garantir une qualité, faire émerger la notion de démocratisation de l’art et de la culture, concept inhérent à la notion de design. Les convictions de William Morris se répandent en Europe.
En France se développe l’Art Nouveau dans les années 1880-1890. Comme le mouvement Arts and Crafts, il veut développer un art total où arts mineurs et arts majeurs sont liés. Contrairement aux Arts and Crafts, il veut intégrer l’industrialisation, tout en prenant la nature comme modèle, à l'image de Grasset (architecte de formation) s’intéressera aux arts décoratifs et à l’environnement.
L'experience d'Anisson travail sur  la lisibilité du texte de Labeur, composé ici en Garamond et Didot
Les influences esthétiques sont celles du romantisme et du symbolisme ainsi que de l’estampe japonaise ; cette dernière va permettre la création de nouvelles formes graphiques caractérisées par les aplats et les lignes, les contrastes : plein et vide et absence de perspective.
L'experience d'Anisson travail sur  la lisibilité du texte de Labeur, composé ici en Garamond et Didot
Beaucoup d’artistes sont tentés par la publicité, leur production sera intense. Steilen donnera une dimension sociale et engagée à ses affiches et illustrations. Chéret inventera l’affiche moderne en privilégiant la perception globale, des gammes de couleurs chaudes et vives, un langage publicitaire optimiste, un graphisme souple et dynamique, enlevé.
Affiche publicitaire pour le papier à Cigarette Job par Jules Cheret, imprimée en lithographie en 1896
Toulouse-Lautrec travaillera à la rencontre de l’art et de la publicité avec des compositions charpentées, des gammes de couleurs restreintes, une simplification de l’image sans concession, une typographie adaptée et intégrée à l’image.
Affiche publicitaire pour le papier à Cigarette Job par Jules Cheret, imprimée en lithographie en 1896
Enfin Mucha créera le « style Mucha » : la femme est toujours au centre de ses compositions. Dans ses affiches, Mucha tire parti d’astuces graphiques. La femme apparaît hiératique et statique, telle une icône (sa tête est souvent auréolée). Le traitement graphique des éléments (les cheveux, les vêtements) contribue cependant à donner un aspect vivant et dynamique.
Affiche publicitaire pour le papier à Cigarette Job par Jules Cheret, imprimée en lithographie en 1896
Ce mouvement s’épuise en France à partir du début du XXe siècle. Il se répandra en Europe et aux États-Unis. Les pays anglo-saxons (Angleterre, Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Autriche) vont quant à eux explorer de nouvelles formes graphiques, totalement innovantes, abandonnant la forme décorative pour la géométrisation, l’abstraction, pour une esthétique du XXe siècle.
Ces expérimentations vont séparer peinture, illustration et graphisme. La Sécession viennoise a créé un style. Elle met en pratique ses idées exprimées dans la revue Ver sacrum : « Nous ne faisons pas la différence entre le grand art et l’art mineur, entre l’art pour les riches et l’art pour les pauvres. L’art appartient à tous. » Ses expérimentations la mènent à créer des affiches dans lesquelles la typographie devient l’élément graphique majeur, prend valeur d’image et la remplace, parfois au détriment de la lisibilité.
Affiche publicitaire pour le papier à Cigarette Job par Jules Cheret, imprimée en lithographie en 1896
C’est dans le domaine du livre que se préparent les grandes mutations typographiques du siècle à venir. En 1897 paraît dans la revue Cosmopolis le poème Un coup de dés jamais n’abolira le hasard. Quatre cents ans après l’invention de la typographie, Stéphane Mallarmé dénonce « la mécanisation de la lecture » et fait éclater le cadre traditionnel de la mise en page : le texte, un poème, se déploie librement dans l’espace des deux pages désormais unifiées. Il libère les blancs et fait entendre les silences, donne aux mots une existence propre et transforme les lettres en signes. Pour cela, il fait usage des bases et techniques typographiques classiques : romain, italique, bas de casse, capitale, chasse, graisse et interlettrage. C’est la manière dont il se sert de ces outils, fondement du langage typographique, qui lui permet d’aller au-delà des pratiques habituelles et de créer ses « compositions musicales ».
Suivront les expériences typographiques d’Apollinaire dans Calligrammes éditées en 1918. D’un autre ordre, celles-ci donnent une forme au poème et représentent son contenu par une image de type pictogramme. Dans Il pleut, les lettres tombent en gouttes d’eau dans la page, dans La colombe poignardée et Le jet d’eau, les phrases forment un jet d’eau. Apollinaire ne désire pas illustrer, mais « peindre avec les mots ».

Graphisme et avant-garde :
le modernisme

Aux expérimentations issues des Arts and Crafts succèdent de nouveaux mouvements qui poursuivent et radicalisent leurs innovations. Elles reflètent les mutations du xxe siècle naissant. Les grandes évolutions graphiques et typographiques des années1920 viennent d’URSS et d’Europe de l’Est avec le constructivisme, d’Allemagne avec le Bauhaus, des Pays-Bas avec le Stijl.